Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Conférence du Père Frot au Sanctuaire " La Loi au Service de l'Éducation"

LA LOI AU SERVICE DE L’ÉDUCATION

 

PRÉAMBULE

                La loi n’a pas  bonne presse mais elle est nécessaire. Et , pour mémoire, je voudrais rappeler les 10 commandements donnés à Moïse et qui ont été utiles pendant le  temps de l’Exode au Peuple élu. Je  voudrais commencer par 2 exemples  qui vont indiquer le  sens  de mon propos.            

1.Nous  avons  tous pris l’avion de nuit . Une  des  dernières fois, je me  rendais à St Pétersbourg. La piste  était glacée et nous  avons failli atterrir en Finlande. Mais  heureusement que la piste d’atterrissage avait des lumières . Elles  ont permis au pilote de  se poser sans problème. La loi est pour moi ce qui encadre toute  vie, humaine et chrétienne et ce qui donne l’assurance d’une  vie réussie.

2.Nous  avons à être des Hollandais. Lorsqu’on pense à la Hollande, on imagine les tulipes, la reine, les  vélos, la couleur orange mais aussi les polders. Ayant une petite  superficie, il leur a fallu gagner du terrain sur la mer. Et ils  ont construit des polders, des  digues qui permettent de  contenir la mer. Appliquer la loi avec des  enfants ou des  adolescents, c’est jouer aux Hollandais. C’est encadrer, canaliser l’énergie réelle et bouillonnante des jeunes et c’est la loi qui peut le faire.

LA LOI DONNE DES REPÈRES SIMPLES  ET COMPRÉHENSIBLES POUR TOUS

                Et cela  d’abord dans la  vie  humaine. Lorsque j’étais  enfant, l’école avait ses propres règles, parfois drastiques et toujours non négociables . La famille avait les  siennes, tout aussi claires et non sujettes à discussion . J’entends  encore mon père nous répéter «  Il faut savoir dire non ». Le caté avait aussi des exigences précises dans nos 2 rencontre hebdomadaires. Mais tous  ces groupes  avaient un socle  commun et les  valeurs  étaient les mêmes et les  codes, unifiés, permettaient aux  enfants  de  se  construire, même si parfois  on les transgressait. On le  faisait en le  sachant et à nos  risques  et périls

                Maintenant ce n’est plus  le cas. L’école a ses  règles mais la  cour de  récréation en a d’autres , le groupe  de  copains a lui aussi des codes bien précis et il n’est pas  rare qu’un enfant ait un mode  de vie A chez l’un de ses parent et un mode  de vie B chez l’autre. Quant à nous, dans l’Église, nous  essayons de promouvoir un art de  vivre qui parait naïf ou décalé vis-à-vis de nos  contemporains. Comment un enfant ou un adolescent peut-il se  construire dans une société où tout est éclaté ? Il ne peut que  choisir tel ou tel groupe ou s’inventer des  règles  qui ne  sont connues  que de lui seul. Et, dans la  mesure où il n’y a pas  de ligne  jaune  à ne pas  dépasser, quelle  conscience a-t-il de faire le mal ? Quelle éducation à la  conscience  est-il possible si le même acte  est banal chez l’un et répréhensible  chez l’autre ?

                Pour être bénéfique, la loi doit être  non seulement connue de tous mais acceptée par tous. En la disant clairement, en acceptant les  règles  du jeu, elle aide à grandir . Si on pousse la  logique jusqu’au bout, cela  peut aller jusqu’à la volonté de rester entre soi, avec seulement des personnes qui pensent la même chose et ont les  mêmes  sentiments . C’est la logique des  extrémismes et du ghetto. On peut le  comprendre dans le  cas des chrétiens  qui, persécutés  comme  en Orient, sont plus  forts ensemble. Mais dans nos  sociétés occidentales , nous  n’en sommes pas là.

Notre mission de  chrétiens et d’éducateurs est de montrer par notre témoignage la qualité des règles  que  donne la foi chrétienne . Déjà, à l’aube  du christianisme, la lettre  à Diognète le disait. Et je  crois  qu’elle n’a  rien perdu de  sa pertinence. La multiplicité  des choix possibles pour l’enfant nous fait prendre conscience que nous  avons à proposer une chemin sûr du bonheur. L’Évangile  nous  donne de  bonnes lumières pour réussir notre vie.

LA LOI DOIT DONNER UNE  DIRECTION

                Et c’est ce qui nous  différencie des lois  qui sont proposées ou votées par ceux qui nous gouvernent. Aujourd’hui, une loi est votée parce qu’il y a  un problème. Et dans  ce cas, la loi ne  donne pas  de  direction , elle accompagne un phénomène  de  société. Il y a  des soucis concernant la famille, l’éducation et la  jeunesse.  Et cela prend des proportions  inquiétantes .En 50 ans on est passé d’une  famille composée d’un homme et d’une  femme et un divorce assez rare à des familles monoparentales plus nombreuses jusqu’à maintenant des couples homosexuels où l’enfant vient d’ailleurs. Tout a  éclaté et , au lieu de  donner un sens, la loi a  accompagné l’évolution de  la  société. Et chaque décennie, la loi va plus  loin  malgré les  dénégations de  départ.

                Bien entendu, il est nécessaire d’accompagner un enfant lorsqu’on s’aperçoit qu’il est homosexuel, qu’il vient de  quitter son ou sa  partenaire, lorsque tout va mal et que l’on craint un suicide. Accompagner, écouter et comprendre sont des  attitudes normales pour des parents et des éducateurs. Et cela, nous le  savons et nous  le faisons  même si parfois les  autres ont vu avant la difficulté que les  proches  ne  découvriront que tardivement .Mais  accompagner n’est pas approuver . Et c’est là que la loi arrive . Elle demeure un garde-fou, un rappel, bref la digue des Hollandais. Il est nécessaire de rappeler que jusqu’à un  certain point, c’est bon pour l’homme, à partir de là, c’est nocif.

LA GRADUALITÉ DE LA LOI

                Nous  avons des principes  qui nous  sont donnés, comme  hommes et comme chrétiens. C’est , en gros le contenu des 10 commandements. Ce sont des idéaux mais  aussi des règles qui nous  sont commune. C’est ce que j’appelle le caractère  universel le la loi.
                Mais la loi s’applique à un secteur donné, à un pays particulier. C’est le sens , en particulier, des synodes continentaux dans l’Église  comme celui de l’Amazonie qui va  s’ouvrir, du rôle des Conférences  Épiscopales de chaque  pays et des  synodes diocésains. On adapte la loi qui est inscrite dans le Code de Droit Canon de 1983 à chaque  continent, pays ou diocèse. La loi est générale mais elle a à être applique à bon escient dans  chaque coin. C’est l’aspect particulier de la loi

                Et la loi s’applique aussi à une personne déterminée . Et cela, vous le  savez comme parents . Chaque  enfant est différent et ce qui marche  avec l’un ne  va pas avec l’autre. En apprenant que votre enfant enfreint une  règle, la  solution est-elle de la lui rappeler et s’il persiste , à le  renvoyer de la maison ou bien de  discuter et de comprendre ce qui a fait qu’il ou elle  en est arrivé là. J’ai vu bien des parents hésiter entre les  2 car le dilemme est réel. Ce que je  dis  ne signifie pas que l’on peut faire tout et n’importe quoi mais que la loi a parfois  du mal à être vécue par les uns alors qu’elle ne pose aucun problème aux  autres. La loi n’est pas un but en soi, elle n’est qu’un outil, indispensable, pour réussir sa vie . La loi est comme un feu tricolore. S’il ne  fonctionne pas, c’est  n’importe quoi et il est très utile quand il fonctionne . Mais, tous , pour éviter un accident ou pour aller à l’hôpital, nous en avons brûlé un. C’est l’aspect personnel de la loi.

LA LOI POUR NOUS CHRÉTIENS

                La Loi, dans la Bible , va  de pair avec la  confiance  que nous  avons  en Dieu et avec la délivrance qu’il a  donnée au Peuple élu et qu’il nous  accorde dans le baptême. Le  respect de la Loi va  de pair avec la confiance  que nous  avons  en un Dieu qui nous  veut du bien. Elle  est faite pour être un code de  conduite pour vivre ensemble dans le cadre de l’Alliance. C’est une loi qui est gravée dans la pierre, donc faite pour durer . Elle  ne peut être changée tous les 10 ans ! Et la loi est faite pour trouver le  bonheur . Pas  pour mettre des bâtons  dans les  roues ou favoriser telle ou telle catégorie de personnes. La Loi organise  la vie  religieuse, le vivre ensemble, donne  des règles  sur l’alimentation, la  vie  sociale, sexuelle, familiale etc… .

                Ceci vaut pour l’ensemble  des croyants, mais  ce qui distingue la Loi des lois, c’est qu’elle est inscrite  dans  nos cœurs ,ce que n’est pas  le Code Civil ! Cela  tous les  prophètes l’ont dit et rappelé. Et le  croyant a le  choix entre choisir la vie et choisir le  chemin qui mène à la perdition . C’est la liberté humaine qui est en jeu et c’est l’enjeu de l’éducation. L’essentiel de la loi est d’aimer, d’aimer son prochain comme  soi même et aimer Dieu de  tout son être . Jésus le  rappelle et c’est le  noyau dur de notre attitude et la  fin ultime de la Loi. Aimer.

                L’intérêt de la Loi de Dieu est d’abord dans  son fondement : elle ne vient pas  des hommes mais  de Dieu. Elle donne  des repères, elle est source  de bonheur, de bénédiction et de sagesse. Mais elle a aussi   la  volonté de  s’inscrire dans les  cœurs et les  consciences. Bien entendu, la Loi vise à la réussite derrière le Christ et non à la perfection qui, pour moi, n’existe pas  de ce monde sauf en Jésus et en Marie.

                Mais la Loi n’est pas  tout . Jésus critique les Pharisiens dans l’Évangile  non pas parce qu’ils mettent la Loi au-dessus de tout, ce qui en soi est bon, mais parce qu’ils s’attachent à tous  les  détails et en oublient l’essentiel . Il est vrai qu’un Juif normalement constitué ne pouvait pas  vivre les prescriptions que l’Ancien Testament et la tradition rabbinique donnaient . Jésus demande qu’on ne charge pas trop les  épaules  des  croyants.

                Si la Loi est un révélateur de  ce qui est mal, des fautes commises ou des actes  non faits, que faire quand la Loi est bafouée ? Et Jésus répond du haut de  sa Croix : le pardon et la miséricorde, tels que l’Évangile du père et de  ses  2 fils  propose. Au-delà de la Loi, il y a le pardon, la miséricorde et cela permet de  repartir , en boitant certes, mais de repartir sur le  chemin de la vie.

Je termine : notre société n’est plus unifiée comme on souhaiterait qu’elle soit . C’est même un archipel . Un archipel composé de tous les  groupes sociaux qui ne  pensent qu’à leurs  avantages  catégoriels, des diverses  formes  de familles, de  formes  de vie , d’activités professionnelles  qui ne durent plus toute une  vie , de groupes nationaux et religieux qui veulent obtenir la prééminence  sur les autres . Au milieu de  tout cela, il y a la volonté chrétienne  non de  dominer mais  de donner un sens à la vie, personnelle, familiale, ecclésiale et sociale. Je pense  que la loi peut aider des enfants à ne pas  seulement penser à soi et à sa  réussite mais  à avoir le  sens du bien commun. Et tout cela  commence  en famille mais se fait aussi avec l’aide  de l’Esprit Saint. Un poète du 20 ° siècle, Saint John Perse, avait intitulé un de ses recueils « Amers  en mer ». J’ai été intrigué par ce titre jusqu’au jour où j’ai découvert qu’un amer est un repère dans la mer pour guider les bateaux . Et bien dans l’archipel de notre société, la loi fait partie de  ces repères en mer, de ces amers qui peuvent être appris en famille et ailleurs et qui ont comme heureuse conséquence d’établir des ponts entre les personnes

                                               Yves FROT

Lien permanent Catégories : Conférences 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.